A propos du père naturel de RAM

Certains d’entre vous ont souhaité en savoir plus sur la face cachée de la vie du père naturel de RAM, dont il n' a appris l'existence qu'à l'âge de 27 ans.

Marie ANTOON-JOANNES, Extraits des Confidences d'Olga. Dans ce projet de roman, l'action se passe à saint-Pétersbourg, où un ami d'enfance d'Olga, devenu son confident, écrit ce qu'elle lui révèle.

Je n'en veux pas à mon fils d'avoir dévoilé notre histoire familiale à un auteur, puis d'avoir réalisé son blog et de l'avoir mis en ligne. Il faut être de son temps, et aujourd'hui tous les secrets, semble-t-il, se dévoilent. Puis, après tout si, je lui en veux un peu. Pourquoi mettre notre histoire sur la place publique à l’heure où justement, chacun s’adonne à ce petit jeu morbide qui détruit l’intimité, ou alors, qui en recrée une autre, entre des inconnus qui tous lavent leur linge sale dans la même bassine ? Je devine suffisamment le caractère de mon fils, même si je n’ai rien su de son adolescence et de sa maturité, pour comprendre qu’il n’a pas décidé sans peine de nous dévoiler au monde. Son père lui ayant interdit jusqu’à sa mort de chercher à entrer en contact avec moi, il s’est inventé un subterfuge, bref, un moyen de fuir en-dessous du champ des lunettes noires qu’il redoutait tant. Dès que les médias sociaux se sont mis à envahir la toile, j’ai commencé à m’imaginer que nous pourrions, lui et moi, nous retrouver sans en avoir l’air, nous donnant la sensation de ne pas avoir prémédité nos retrouvailles. J’ai mis en ligne cette vidéo que mes amis ont réalisée tout comme ils m’aident à présent à écrire ce livre, et il n’a pas tardé à répondre à l’appel en se mettant en scène dans le seul but que je le regarde. Que je regarde l’homme qu’il est devenu. Peut-être même, que je regarde l’enfant qui se cache derrière cet homme, le petit Boris d’autrefois, qui n’a jamais vraiment accepté de grandir dans le but, c’est certain, de ne pas perdre les sons, les parfums, les couleurs et surtout la douceur de notre passé commun. Mais veut-il que je sois la seule à le regarder ? N’a-t-il pas plutôt décidé d’exposer au regard de tous des fragments de son moi le plus intime dans le but que celui-ci soit validé en quelque sorte par le plus grand nombre, parce qu’il douterait de lui-même comme je doute aussi de moi ?

Le Confident qui m’interroge et note mes propos en russe avant de les traduire en français me toise de son œil ironique. Dis donc, Olga, elle finit où, la fusion avec ton petit Boris ? Peut-être qu’elle ne finit nulle part. Peut-être qu’elle ne peut pas finir. Qu’elle ne peut pas finir parce qu’elle est tout ce qui nous reste de notre véritable relation d’autrefois ? Il me demande ensuite quel objectif je poursuis en écrivant ce livre. Là, je m’embrouille. Puis-je rester sans rien dire devant ce qui se produit, jour après jour à la suite de ces révélations que mon fils et moi-même avons faites ? Je sais, je devine, je pressens, et déjà, je commence à vérifier, que je suis l'objet de la majorité des critiques concernant la souffrance de Boris, sans doute aussi, de son père adoptif, dont certains affirment qu’il est mort trop tôt, emporté par le chagrin. J'ai donc décidé moi aussi de prendre la parole, bien que cette décision aille à l'encontre de ma personnalité. Là, mon Confident s’esclaffe. Je lui fournis des précisions. Etant d’un naturel discret et supportant mal la moindre surcharge émotionnelle, j’imagine avec horreur le ressac qu’immanquablement ma parole va provoquer, non seulement en moi-même, mais sans aucun doute aussi, chez mon fils. Pourtant, je ne peux pas faire autrement. Il faut que je parle. Il faut que tu écrives, mon Confident ! Ecris donc ! A l’heure où je m’agite en sa présence, à l’instant très précis où il écrit ces lignes, la Neva comme à son habitude et les nimbus voilent le ciel au-dessus de Saint-Pétersbourg qui peu à peu se perd dans les entrelacs d’ombres et de murmures étouffés que l’automne russe dessine  à perte de vue. Il y a trois mois à peine, Boris faisait irruption à l’académie où j’enseigne, à l’extérieur de la ville. Nous avons passé l’été ensemble, insiste mon ami. N’ai-je pas eu le temps de lui dire tout ce que je m’apprête à lui révéler par le truchement d’un livre ? Ou n’aurais-je pas plutôt envie de poursuivre notre exhibition dans le but de nous faire aimer par ces lecteurs anonymes qui nous effraient comme autant de juges installés derrière leurs écrans ? Le moment est venu de dire ce que je n’ai pas su dire à Boris quand il se trouvait avec moi. Les semaines ont passé. les gens réagissent.  Des questions fusent concernant mon départ alors que mon fils n’avait que sept ans. Si encore, dit-on, j’étais partie pour des raisons décentes, mais quitter un enfant pour aller rejoindre son ancien amant, un type pas convenable qui met une fille enceinte puis qui l’abandonne, non, cela ne peut pas se concevoir. C’est pourtant parce que j’ai décidé d’accompagner jusqu’à sa mort le père naturel de Boris que notre vie a éclaté. Il n’avait que quarante ans quand il m’a écrit qu’il était gravement malade. Je n’ai pas pris l’avion sans réfléchir, j’en ai parlé à mon mari. Il m’a rappelé la promesse que je lui avais faite le jour où il a accepté d’adopter Ramsès. Je ne devais en aucun cas reprendre contact avec son père naturel, encore moins le revoir, quelles que soient les circonstances. J’avais vingt ans quand il m’a fait jurer que rien ne me ferait jamais changer d’avis sur ce point. Lui (que j’appellerai Eduard), il en avait vingt-cinq de plus. Rien n’aurait dû nous réunir. Il était égyptologue, fanatique de momies, de hiéroglyphes et de Ramsès II. Devinez pourquoi il a appelé mon fils Ramsès... Moi, je l’appelais Boris en secret. Boris, le prénom de son père naturel. Là, mon  Confident s’arrête de prendre note. Avant de s’y remettre ensuite, écrivant qu’il venait tout juste de  s’arrêter de prendre note, parlant de lui-même à la troisième personne, me laissant la place de narratrice de ce roman qui n’en est pas un, et que je serais bien incapable d’écrire sans lui. Il pose à nouveau son porte-plume noir et or sur la page de son carnet, lève les yeux et dit : nous avons grandi ensemble, Boris, toi et moi. Je vous regardais de loin, vous étiez si beaux, tous les deux. Votre corps était si souple, vous étiez si gracieux au cours de danse. Oh ! Comme je vous aimais, Olga !

J’ai réfléchi un jour et une nuit, lisant et relisant la lettre de Boris. Il n’était pas homme à me faire des ennuis pour rien. S’il lançait cet appel, c’était qu’il se savait condamné. J’ai donné un coup de fil à quelques amis russes qui m’ont confirmé qu’il était mourant, et je suis partie à Saint-Pétersbourg, sûre qu'Eduard finirait par comprendre. Je me suis dit que les choses s’arrangeraient à Bruxelles. On s’adorait, Boris et moi. Ça a duré sept ans, on était inséparables. C’est pour ça qu’on a été séparés. Petrus avait beaucoup de mal à supporter ce lien charnel qui en quelque sorte l’excluait.

Je suppose qu'Eduard a fait le vide, juste après mon départ de la maison, question d’amener Boris à se détacher plus facilement de moi. Il aura fait en sorte qu’il ne  reste plus rien de moi, et pas grand-chose des sept premières années de vie de Boris. Je sais qu’il a du cacher une photo de mes dix-huit ans. Je la lui avais montrée très souvent en disant : « Là, je suis encore danseuse. Je me maquille dans ma loge, et je suis encore heureuse… » Mais lui, il était né dix-huit mois trop tard, quand je n’avais plus aucun espoir de pouvoir vivre avec lui et son véritable père.

Je relis cette lettre de Ramsès : « Mon père, c’était un mur qui parle. Mais les murs n’ont pas d’oreilles, c’est bien connu. Mon père est mort le jour de mes vingt ans. Quand je souffle les bougies, c’est comme si je l’éteignais. » Et je relis ma propre lettre, écrite et envoyée lorsque j’ai trouvé son site sur le net : « J’ai trouvé ton message, Boris. Tous les jours pendant sept ans, j’ai cherché, et j’ai fini par te trouver. J’ai donc décidé de t’écrire. Si tu lis cette lettre, ta vie va changer : « Ce n’est pas facile de dire cela à son fils. M’a-t-il fallu vingt ans pour oser te le dire ? Il m’a fallu vingt ans pour avoir toujours aussi peur de te le dire… Et puis, comme toi, j’ai obéi à l’homme qui t’a élevé avec courage et sans doute aussi, avec amour. Je lui ai obéi, je n’ai pas cherché à te parler. Je suis tombée enceinte à l’âge de dix-neuf ans. L’homme que j’aimais en Russie m’a rejetée dès qu’il a su. Ce sont des choses qui arrivent tous les jours à travers le monde, mais quand ça vous arrive à vous, le ciel vous tombe sur la tête. Malgré mon état, j’ai accepté de danser à Bruxelles. Un soir, après le ballet, j’ai annoncé à mes compatriotes que je ne monterais pas dans l’avion avec eux. Un homme de la quarantaine s’est levé, un belge. L’inconnu aux lunettes noires m’a donné sa carte de visite. Il était égyptologue. Le lendemain quand l’avion a décollé pour Saint-Pétersbourg, cet homme-là, un type avant ça sans histoires, m’a trouvée au fond de sa cave à Bruxelles, il ne m’a pas chassée. Nous nous sommes mariés un mois avant ta naissance. Sa famille belge lui en a beaucoup voulu, leurs relations ont immédiatement cessé. Ils ne voulaient rien entendre de toute cette histoire, et surtout, ils ne voulaient pas te connaître, toi. Alors cet homme qui avait tout perdu pour moi m’a demandé de lui jurer que jamais, même si je venais à le quitter, je ne le séparerais de toi. Je suis restée avec vous pendant sept ans. »

Marie ANTOON-JOANNES, Extraits de la biographie d'Olga permettant de comprendre comment elle a rencontré Boris, le père naturel de RAM.

La formation d’OLGA : elle apprend la danse classique dès l’âge de quatre ans. Elle semble douée, mais ses nerfs la lâchent souvent. Elle est hyperémotive, admire les danseurs étoile, dont en particulier Noureev (39 ans quand OLGA en a 12) qui a fait ses premiers pas de danse dans l’école où elle est allée ensuite : « l'Académie de ballet Vaganova, héritière de l'École impériale du ballet créée en 1738, rattachée au théâtre Mariinsky (ex-Kirov). L'Académie doit son nom à la ballerine Agrippina Vaganova qui s'efforça, à partir des années 1920 et tout au long de sa vie, de transmettre l'enseignement qu'elle avait reçu du temps des ballets impériaux. Elle a formé les danseurs, les chorégraphes et les pédagogues les plus réputés, qui ont adopté la méthode Vaganova pour leur formation et leurs classes. Les élèves de l'Académie travaillent principalement au théâtre Mariinsky, mais aussi dans les compagnies les plus prestigieuses du monde. » WIKIPEDIA

La vie amoureuse d’OLGA : elle vit essentiellement de rêves, admiratrice de Noureev et autres danseurs de réputation internationale. Mais à 18 ans, elle tombe amoureuse d’un danseur russe, Boris, qui vit par ailleurs en couple avec un homme. Elle est enceinte de lui à 19 ans, au moment où elle part en tournée en Europe, dont aussi à Bruxelles. 

 

 

arie