Général

Certains d'entre vous ont  souhaité en savoir plus sur le projet de la fiction transmédia " RAM, te dire qui je suis ", et ses parties prenantes.

Pays : Belgique. Age : 44 ans. Sexe : masculin. Par rapport à la "lecture" de l'histoire, y a-t-il un ordre, un séquençage privilégié? Ou bien l'approche est-elle volontairement "libre", comme un puzzle à reconstruire?

Nous avons tous grandi avec au fond de nous les histoires qu’on nous a racontées au cours de l’enfance, et elles étaient linéaires. Même la création du monde, telle qu’elle a été rapportée par les Anciens de manière si poétique, s’est faite selon un ordre bien établi, entre le premier et le septième jour. Et, en effet, le temps guide nos existences. Cette histoire n’échappe pas à cette règle fondamentale. La seule différence, lors de cette "lecture" d'un nouveau genre, c’est que chacun est entièrement libre de choisir entre l’ordre chronologique malgré tout existant, et une approche plus intuitive, sans doute plus familière pour la génération Z, née au début du 21è siècle, qui a donc toujours connu les NTIC (la génération « zapping » ou « windows »). Lorsque j’ai élaboré l’architecture transmédia de l’œuvre, moi qui suis née au milieu du 20è siècle, je me suis d’abord heurtée à cette question : par où commencer ? Quel rythme adopter, quelle temporalité non contraignante ? Comment découper, si chacun peut entrer par où il le désire ?

Cette recherche complexe a duré un an, avant que l'écriture proprement dite puisse avoir lieu, et ensuite, la réalisation. 

Le but ultime de toute cette réflexion était de ne surtout pas pénaliser qui que ce soit, en donnant par exemple, dans la première vidéo de la narration principale, une clé indispensable pour comprendre tout le reste. L’internaute qui déciderait d’entrer dans le sujet via la vidéo 3, par exemple, ne devait en aucun cas avoir la sensation de se trouver plongé dans un environnement qui n’aurait pas de sens, et qu’il quitterait donc illico presto. Bien sûr, il ne pouvait pas pour autant percevoir les choses de la même manière que s’il avait lu d’abord le synopsis, puis visionné la vidéo 1 et ainsi de suite. En entrant de manière impromptue par une porte choisie de manière impulsive, il devait toutefois pouvoir recevoir un "stimulus" qui l’introduise sans effort dans ce vaste ensemble que représente le portrait virtuel que RAM fait de lui-même, et dont l'auteur dévoile le processus de mise en œuvre.

J’ai  senti très vite qu’il fallait mettre en place quelques balises solides afin de permettre au cerveau de s’installer dans le sujet. Par exemple, en choisissant un titre qui résume clairement le propos : « RAM, te dire qui je suis ». L’histoire est d'emblée énoncée comme étant celle d’un personnage qui entend dire à quelqu’un d’autre qui il est, et rien d’autre. J'ai aussi proposé d’emblée un synopsis qui permette d’en savoir plus sur ces deux personnages qui se profilent dans le titre (un fils et sa mère), et sur l’enjeu qui les relie (oser braver le tabou qui les a séparés pendant 20 ans). J’ai enfin proposé deux points de vue : celui de RAM, le personnage principal qui brosse son portrait destiné à sa mère, et celui de l’auteur qui montre RAM en train d’évoluer dans ce parcours qui consiste avant tout à oser braver un tabou.

La question de la chronologie ne s’est pas laissé oublier pour autant. Une journée commence bien le matin et finit le soir, la vie commence par la jeunesse, et cette part de l’histoire de RAM que j’avais décidé de mettre en lumière, se situe bien entre le moment où il trouve sa mère dans une vidéo sur le net, et le moment où il la retrouve physiquement à Saint-Pétersbourg. J’ai donc défini dix étapes entre un jour X et un jour Y, dont les dates ne sont toutefois pas précisées, et j'ai établi la manière dont chacune de ces étapes serait dévoilée dans une des dix vidéos de la narration principale. Il y a bien là une mise en place d’un niveau de « lecture » chronologique marquant dix étapes clés du parcours initiatique de RAM. Alors que RAM parle dans chacune de ces vidéos, la question se posait là aussi de savoir quel propos il pouvait tenir qu’un internaute puisse capter « en cours de route » s’il entrait par la vidéo 3, 5 ou 10. Cette dimension a dû être prise en compte à tout moment. Comme il était impossible de faire abstraction du sens et de la chronologie, la solution était de faire en sorte que chaque vidéo soit par elle-même un tout recevable en tant que tel, afin qu’on puisse la visionner de manière isolée et sans ordre, tout en avançant malgré tout dans cette perception globale du propos de base, tenu par un fils à sa mère : « te dire qui je suis », et en mettant en avant la difficulté qu’éprouvaient ce fils et cette mère à oser entrer en contact.

Il fallait également veiller à tout moment à ne pas donner à l’internaute, engagé sur le « chemin non balisé des écoliers », l'impression de se sentir embourbé dans des relations de cause à effet trop contraignantes. Si, en effet, une cause était énoncée de manière trop évidente dans la vidéo 1, quel impact aurait sur l’internaute l’énoncé des conséquences de celle-ci dans la vidéo 3 ou 5 ? Le fait que chaque vidéo doive agir comme un stimulus autonome quoique faisant partie d’un ensemble cohérent, explique le côté quelque peu « évasif » du propos à l’intérieur de chaque vidéo. Le genre poétique s’est imposé assez naturellement comme étant susceptible de répondre à ces exigences. Pas besoin de comprendre de manière rationnelle des énoncés tels que «Les sanglots longs Des violons De l'automne Blessent mon cœur D'une langueur Monotone » dans «Chanson d’Automne » de Paul Verlaine, pour capter l’état d’âme très particulier du poète… Je gardais également à l’esprit la manière dont nous vivons les symphonies lorsque nous les écoutons. Le compositeur a œuvré tant autant au niveau de la construction interne de chaque mouvement qu’à celui de l'agencement des différents mouvements, pour que nous puissions nous trouver immergés, sans réfléchir, dans un état propice à percevoir à tout moment le « propos global » de l’œuvre. Mais enfin, un poème se lit dans le sens où l’a écrit l’auteur, du premier au dernier vers, et une symphonie est jouée dans le respect de la partition, à savoir, de la première à la dernière note. La comparaison a donc ses limites.  

Dans le cas de cette fiction transmédia à lecture variable, l’important était de prévoir dès l’amont que cet ensemble de stimuli fasse sens au bout du compte, et ce, quel que soit l’ordre que l’on choisisse d’adopter (écrans, vidéos, bonus, blog de RAM). Chacun devait pouvoir aller toujours de plus en plus loin dans la perception de ce qui était voulu au départ, volontairement réduit, à savoir la volonté d’un fils de dire à sa mère qui il est devenu au terme de ces vingt années qui les ont séparés. Et chaque "lecteur" devait pouvoir découvrir aussi peu à peu qu’il s’agissait d’un fils et d’une mère à qui il avait été imposé de ne jamais chercher à se revoir (ce que les deux protagonistes, eux, savaient bien avant l’internaute).

Quoi qu’il en soit, l’œuvre aurait échoué si elle devait aboutir au constat généralisé du chaos « pas moyen de comprendre le sujet ! », mais aussi, si elle ne permettait pas à un maximum de personnes de tous âges, issues de tous les milieux et de tous les pays (pour le moment, francophones), de vivre une aventure intime, intellectuelle, artistique, et au bout du compte aussi, une aventure humaine unique, en ayant eu, dès le départ et jusqu’au bout, la possibilité de « reconstruire » le puzzle à sa manière, comme le dit cet internaute belge de 44 ans.

Bref, on peut donc choisir la voie que l’on préfère. Et si l’on est plutôt du genre « linéaire », alors on pourrait peut-être suivre cet ordre (mais il y a une part de subjectivité, sans doute, dans ce choix) :

  1. l’écran d’introduction
  2. la vidéo d’accueil (avec le synopsis en final)
  3. l’écran Les Personnages
  4. l’écran RAMstory
  5. La vidéo Olga Online
  6. La vidéo Le Tunnel
  7. La vidéo Les Catacombes
  8. La vidéo Le Fil
  9. La vidéo Exorcismes
  10. La vidéo Préludes
  11. La vidéo Action !
  12. Faire un détour par LE BLOG DE RAM (qu’il vient donc de mettre en ligne)
  13. La vidéo La Mouette
  14. La vidéo Les Mots
  15. La vidéo Voyages
  16. Approfondir les choses en allant voir les 10 bonus de chacune des 10 vidéos principales, donc 100 bonus au total
  17. Poser des questions via le formulaire inséré dans chaque bonus 10 de chacune des 10 vidéos principales
  18. Voir les réponses dans Le Carnet de l’Auteur
  19. Poser, le cas échéant, d’autres questions via le formulaire inséré dans Le Carnet de l’Auteur
  20. A ce stade, ayant fait le tour complet de la fiction, on peut, si on le désire, s’intéresser au projet lui-même et à ses parties prenantes, en visitant les écrans d’information : Crédits, Artistes, Partenaires,  Points de vue, et on peut aussi soutenir les artistes en passant par la Boutique.

Le tour complet de cette sorte de « grand livre interactif, sonore et visuel » devrait sans doute prendre moins de temps que de lire un roman ?